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Lufthansa investit 7,7 milliards dans 20 long-courriers Airbus et Boeing : le pari de la modernisation

Lufthansa investit 7,7 milliards dans 20 long-courriers Airbus et Boeing : le pari de la modernisation

27 mai 2026 7 min de lecture
Lufthansa commande 10 Airbus A350-900 et 10 Boeing 787-9 pour moderniser sa flotte long-courrier, réduire sa consommation de carburant et renforcer sa stratégie de décarbonation tout en sécurisant sa supply chain aéronautique.
Lufthansa investit 7,7 milliards dans 20 long-courriers Airbus et Boeing : le pari de la modernisation

Lufthansa commande A350 Boeing 787 : un signal fort pour le long-courrier

La décision du groupe Lufthansa de passer une nouvelle commande de 10 Airbus A350 900 et 10 Boeing 787 9, annoncée le 3 mai 2023 et évaluée à environ 7,5 à 7,7 milliards de dollars au prix catalogue selon la communication officielle de Deutsche Lufthansa AG, repositionne clairement la compagnie aérienne sur le segment long courrier. Cette commande de 20 long courriers, approuvée par le conseil de surveillance du groupe début mai 2023, porte à plus de 220 le nombre d’avions fermes en carnet pour Lufthansa Group, dont plus d’une centaine d’avions courriers de nouvelle génération destinés au transport aérien intercontinental, d’après les chiffres consolidés publiés par le groupe. Pour un ingénieur aéronautique, ce volume de commande avions illustre un pari assumé sur la croissance du transport aérien malgré la flambée du prix du kérosène et la pression sur les coûts d’exploitation, même si les calendriers de livraison détaillés restent susceptibles d’ajustements.

Le choix combiné Airbus Boeing n’est pas anodin, car il permet au groupe Lufthansa de sécuriser ses capacités de renouvellement de flotte tout en diversifiant les risques industriels et moteurs. En répartissant cette nouvelle commande entre Airbus et Boeing, Deutsche Lufthansa limite sa dépendance à un seul constructeur, alors que les chaînes d’assemblage long courrier restent contraintes et que les cadences A350 doivent monter progressivement vers 10 avions par mois, puis 12 en 2028 selon les objectifs annoncés par l’avionneur européen dans ses perspectives industrielles. Cette stratégie multi constructeurs renforce aussi le pouvoir de négociation sur les prix des avions et sur les conditions de maintenance, un enjeu majeur pour une compagnie aérienne confrontée à des coûts de carburant très volatils. Comme le résume un analyste du transport aérien cité par une dépêche d’agence, « en combinant A350 et 787, Lufthansa sécurise à la fois ses livraisons et sa trajectoire de coûts unitaires sur le long courrier ».

Pour Lufthansa, cette commande Airbus et Boeing s’inscrit dans un plan de renouvellement de flotte qui vise à remplacer des quadriréacteurs plus anciens par des biréacteurs économes en carburant. Les A350 et 787 affichent des gains de performance significatifs, avec jusqu’à 25 % de réduction de CO2 pour l’Airbus A350 par rapport à ses prédécesseurs selon les données constructeur et environ 20 % de baisse de consommation pour le Boeing 787, tout en réduisant fortement le bruit perçu autour des aéroports. Dans un contexte où les compagnies aériennes européennes subissent la flambée du prix du kérosène et la pression réglementaire sur les émissions, cette nouvelle vague de gros porteurs de dernière génération devient un levier central pour contenir les coûts unitaires et rester compétitif face aux autres airlines mondiales, tout en améliorant l’empreinte environnementale globale du réseau long courrier.

Allocation dans le groupe Lufthansa et pression sur la supply chain long-courrier

La répartition de ces 20 avions courriers au sein du groupe Lufthansa illustre une logique fine d’optimisation réseau entre Lufthansa, Swiss et Austrian Airlines. Les A350 900 devraient principalement renforcer la flotte long courrier de Lufthansa et de Lufthansa Swiss sur les hubs de Francfort, Munich et Zurich, tandis que les Boeing 787 9 offriront plus de flexibilité de capacité pour Austrian Airlines et d’autres entités du groupe. Cette allocation intra groupe permet de calibrer au mieux les capacités de transport aérien sur chaque marché, tout en harmonisant progressivement les flottes pour réduire les coûts de maintenance et de formation, et en facilitant la gestion des équipages sur les principales bases du groupe.

Pour la supply chain aéronautique, cette nouvelle commande de long courriers ajoute une contrainte supplémentaire sur des chaînes déjà très sollicitées chez Airbus et Boeing. L’objectif d’Airbus de porter la cadence A350 à 10 avions par mois, puis 12, suppose une montée en puissance coordonnée de tout l’écosystème, des motoristes aux fournisseurs de structures, en passant par les spécialistes du formage de tôle qui utilisent par exemple des outils comme l’abaque de pliage en aéronautique et défense. Les livraisons prévues à l’horizon de la prochaine décennie, mentionnées dans les documents financiers du groupe Lufthansa, impliquent que les industriels doivent sécuriser dès maintenant leurs capacités, sous peine de retards qui renchériraient encore le prix des avions et les coûts de financement pour les compagnies aériennes, déjà exposées à des marges volatiles.

Cette nouvelle commande intervient alors que le groupe Lufthansa a récemment ajusté son activité régionale et réduit certaines capacités court courrier, en réaction à la hausse du prix du kérosène et à la pression sur les coûts unitaires, sans pour autant confirmer officiellement une fermeture complète de Lufthansa CityLine. Le contraste est frappant entre ce repli tactique sur le réseau régional et l’engagement massif sur le long courrier, mais il s’explique par la meilleure sensibilité économique des gros porteurs économes carburant sur les lignes denses. Pour les ingénieurs et décideurs du transport aérien, le message est clair : la valeur se joue désormais sur des flottes rationalisées, des avions long courrier de nouvelle génération et une gestion fine des coûts de carburant, plutôt que sur une multiplication de petites entités régionales peu rentables et difficiles à optimiser.

Moteurs, décarbonation et renouvellement de flotte : un pari mesuré sur l’aviation du futur

Sur le plan technique, la commande combinée d’A350 et de Boeing 787 repose sur deux architectures moteurs de référence, le Rolls Royce Trent XWB pour l’Airbus A350 et le GE GEnx pour le Boeing 787. Ces moteurs de dernière génération, associés à des cellules optimisées et à une structure largement composite, permettent de réduire la consommation de kérosène de 20 à 25 % par rapport aux anciens avions courriers du groupe Lufthansa. Pour une compagnie aérienne comme Deutsche Lufthansa, ces gains de performance se traduisent directement par des milliards d’euros d’économies potentielles sur la durée de vie de la flotte, surtout dans un contexte de prix du carburant durablement élevés et de pression accrue des investisseurs sur la performance énergétique.

Le débat entre renouvellement de flotte et carburants durables d’aviation reste central pour toutes les compagnies aériennes engagées dans la décarbonation du transport aérien. En misant sur des avions économes carburant comme l’A350 et le 787, le Lufthansa Group réduit d’abord l’empreinte carbone par siège, avant même l’intégration massive de carburants durables, dont le coût reste très supérieur au kérosène fossile et dont la disponibilité demeure limitée. Les ingénieurs qui suivent les passerelles entre ciel, espace et sécurité trouveront dans cette stratégie un cas d’école, à rapprocher des analyses proposées sur les passerelles entre aéronautique et défense, où la performance énergétique devient un critère structurant et influence directement les choix de conception et de maintenance.

Au delà des aspects techniques, cette nouvelle commande Airbus Boeing s’inscrit dans une transformation plus large de la gouvernance sociale et industrielle du groupe, comparable à ce que l’on observe chez d’autres acteurs comme Thales et son comité d’entreprise, analysé dans l’étude sur le rôle du comité d’entreprise dans l’aéronautique. Pour les ingénieurs du secteur aérien, la décision d’acquérir 10 A350 900 et 10 787 9 illustre comment une grande compagnie aérienne articule stratégie de flotte, maîtrise des coûts, enjeux sociaux et trajectoire de décarbonation, tout en gérant la complexité d’un groupe multinational comme le groupe Lufthansa. À l’échelle de l’industrie, ces 7,5 à 7,7 milliards de dollars engagés sur des livraisons étalées dans le temps confirment que le long courrier reste un pilier de l’aviation mondiale, malgré les incertitudes économiques et la flambée récurrente du prix du kérosène qui pèse sur les modèles économiques des compagnies.